L’évolution de la communauté AB/DL
L’enquête AB, DL, etc. a permis de collecter un certain nombre d’informations sur l’infantilisme paraphilique et le fétichisme des couches, ainsi que sur ceux que l’on appelle communément Bébé Adultes et Diaper Lovers (AB/DLs). Ce rapport effectue un parallèle entre les AB/DLs et les différentes années de naissance. Alors que les propriétés intrinsèques de l’infantilisme paraphilique et du fétichisme des couches ne sont pas censées changer, les opinions et les attentes des AB/DLs, au contraire, évoluent, et reflètent les évolutions de la culture dans laquelle ils ont grandi. Des évolutions telles que la révolution sexuelle et la croissance des accès à Internet ont contribué à rendre l’information plus facile à obtenir, et cela a eu une incidence sur la communauté AB/DL. En plus d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de la communauté, cette étude va nous éclairer sur une question récurrente : l’infantilisme et le fétichisme des couches sont-ils un état (d’esprit), un trouble, une maladie ou un simple centre d’intérêt ?
Certains AB/DLs ont souffert d’isolement et de solitude pendant des décennies. D’autres se sont rendu compte assez jeune qu’ils n’étaient pas seuls, et ont appris à « faire la paix » avec leurs désirs. Ce contraste démontre que l’infantilisme et le fétichisme des couches peuvent représenter un trouble dérangeant pour certains AB/DLs. Ils représentaient environ 41% de l’échantillon. Le fait que 52% des AB/DLs aient essayé d’arrêter leurs pratiques, et que si peu y soient parvenu (seulement 0,11%) suggère que, pour beaucoup, cela s’apparente à une paraphilie, et non à des simples intérêts. Ce contraste évolue au fur et à mesure du temps. Les AB/DLs qui ont grandi lorsque les accès Internet étaient répandus sont deux fois plus suceptibles d’avoir une vision positive vis-à-vis de leur infantilisme ou de leur fétichisme que ceux des décennies précédentes.
D’aussi loin qu’ils se souviennent, certains AB/DLs ont toujours été intéressés par les couches. D’autres ont cherché à se renseigner sur l’infantilisme (lecture, etc.) et ont appris à l’apprécier comme une nouvelle facette de leur personnalisé ou un nouveau hobby. Ce contraste démontre que, bien qu’il puisse y avoir des facteurs de prédisposition, l’infantilisme et le fétichisme des couches peuvent se développer un peu comme s’ils étaient de simples centres d’intérêt. Environ 7% des AB/DLs ont commencé à s’intéresser aux couches (ou à tout ce qui a trait à la petite enfance) après l’adolescence. On pourrait faire valoir que tous ceux qui ont choisi de développer un intérêt pour les couches (ou tout ce qui a trait à l’enfance) seraient plus en mesure d’arrêter, mais ils seraient également moins motivés pour le faire. Cependant, cette opposition est en train de changer avec le temps. Les personnes pour lesquelles le début d’intérêt est survenu assez tard ont dans l’ensemble associé le début de cet intérêt avec une exposition à des couches adultes (vue des couches dans un rayon…) ou des thèmes AB/DLs (lectures, Internet, etc.). Comme les couches pour adultes et les thèmes AB/DL sont devenus plus visibles, en raison respectivement de la croissance des produits jetables et d’Internet, l’exposition est plus importante, plus courante et survient à des âges plus précoces.
Les évolutions rapides du siècle précédent ont permis une plus grande ouverture d’esprit en même temps qu’un accroissement de la facilité d’accès à l’information et à la communauté AB/DL. En conséquence, les opinions et les attentes des AB/DLs ont changé. Dans le même temps, la fréquence d’apparition de l’infantilisme paraphilique et du fétichisme des couches n’a pas forcément changé. Toutefois, la tendance chez les AB/DL à s’épanouir, en ayant grandi avec l’appui des communautés, et libres de toute cicatrice émotionnelle que les AB/DLs nés plus tôt auraient eu à endurer, devrait se poursuivre, voire augmenter. Bien que le nombre de personnes développant un infantilisme ou un fétichisme des couches reste constant, de moins en moins d’individus le devraient le considérer comme un trouble. De même, la différence entre apparition précoce et apparition tardive est amené à s’amoindrir, dans une certaine mesure : les différences mécaniques persisteront, mais les différences d’âge deviendront moins importantes. L’ouverture d’esprit grandissante et le fait que l’information sur les pratiques AB/DL se soit répandue et soit devenue plus accessible, font qu’il est possible que de plus en plus de monde s’intéresse à ces pratiques, les essaye et développe un intérêt pour elles. La technologie et la culture ont considérablement évolué et, indirectement, la communauté AB/DL elle-même évolue.
Contexte et méthode
Les dernières décennies ont vu des changements culturels et technologiques sans précédent. En conséquence, c’est le moment opportun de passer en revue l’histoire récente de l’infantilisme paraphilique et du fétichisme des couches. La nature même de la paraphilie n’est pas amenée à changer. Cependant, il peut y avoir des changements dus à l’environnement : la culture, les croyances, les opinions, les attentes et les informations disponibles. Celles-ci affectent, sinon le cours de l’infantilisme et du fétichisme des couches, la manière avec laquelle ils s’expriment et sont vécus.
Ce rapport est le second qui résume un échantillon de réponses à un sondage en ligne composé de 38 questions. Le premier rapport, De AB à DL, l’éventail des possibilités (en anglais), a exploré la répartition des différentes pratiques parmis les AB/DLs. Le présent rapport se concentrera sur l’année de naissance d’un individu AB/DL. Le plus âgé des participants est né en 1928, et le plus jeune en 1995. La répartition des années de naissance est indiquée dans la Figure 1. Étant donné que certains formulaires étaient incomplets, la taille des échantillons de corrélation sont légèrement plus petites que ne le montrent le graphique. Dans ce diagramme et les suivants, les années de naissance sont réparties en groupes de cinq années : 1930-1934, 1935-1939, etc. La tendance à la hausse pourrait être imputable au nombre d’AB/DLs qui utilisent fréquemment un ordinateur et ont un accès Internet privé. Les AB/DLs plus âgés pourraient être moins enclins à utiliser l’ordinateur, et les AB/DLs les plus jeunes moins susceptible d’avoir un accès Internet privé. En conséquence, les AB/DLs les plus âgés et les plus jeunes pourraient être sous-représentés.
Le formulaire du sondage AB, DL, etc. est disponible sur le site d’origine. Les réponses continuent d’être collectées à l’heure actuelle, et seront utilisées pour une étude future.

Nombre d'individus par année de naissance
Résultats et discussion
Pour faire simple, les résultats de l’enquête confirment et quantifient ce que les AB/DLs les plus âgés ont constaté : la composition de la communauté AB/DL est en pleine mutation.
Groupe des AB/DLs nés depuis 1990
Le groupe AB/DLs les plus jeunes est, dans un sens, le plus favorisé. La répartition des opinions, positives ou négatives, sur son propre infantilisme ou fétichisme des couches au cours de l’adolescence, est représentée sur la Figure 2.

Opinion à l'adolescence sur l'infantilisme ou le fétichisme des couches, par année de naissance
Comparativement à ceux des années 70 et 80, les AB/DLs nés dans les années 90 sont deux fois plus susceptibles d’avoir une vision positive de leur infantilisme ou de leur fétichisme des couches, au cours de leur adolescence (44,4% pour 1990-1994 contre 20% pour 1970-1989. C’est très significatif, étant donné l’intervalle de confiance de 99,8%). Plus précisément, certains pensaient qu’un intérêt pour les couches était moins dangereux que certaines autres choses par lesquelles les adolescents sont généralement intéressés. D’autres étaient plutôt neutres, pensant que c’était juste « OK » ou bizarre, mais pas mal.
L’influence majeure au cours des années 90 était, bien sûr, Internet. Les AB/DLs nés dans les années 90 avaient, dans une large majorité, un accès à Internet à la maison, à la bibliothèque ou à l’école. Cet accès et une recherche rapide permettait d’obtenir une foule de renseignements, y compris la découverte du fait qu’il y avait d’autres AB/DLs, des informations sur ce qu’est l’infantilisme paraphilique et les moyens d’accéder aux communautés AB/DL.
Un participant au sondage, né en 1990, a écrit ceci à propos de l’époque où il avait 12 ans :
« Je savais déjà que j’aimais les choses de bébé, mais pas mes amis. Puis je suis ensuite tombé un site web expliquant de quoi il s’agissait vraiment, et réalisé qu’il y avait des tonnes de gens comme moi ! »
Un autre, né en 1991, nous raconte ses 13 ans :
« Je faisais un recherche quelconque sur un moteur de recherche et je suis arrivé sur ARArchive. Quelques clics plus tard, j’arrivai sur une communauté de fétichistes des couches. Après quelques mois, j’ai réalisé que j’en faisais partie. »
Groupe des AB/DLs nés entre 1970 et 1989
Contrairement aux AB/DL des années 90, les personnes nées dans les années 70 et 80 avaient, à parts relativement égales, une opinion soit négative, soit positive vis-à-vis de leur intérêt pour les couches. Comme le montre la Figure 3, ces AB/DLs se différencient plutôt au niveau de leur avis concernant le choix de leur condition : la majorité des AB/DLs considère qu’ils ne peuvent pas ou probablement pas choisir d’arrêter d’être attiré par les couches. C’est-à-dire que les AB/DLs ne peuvent généralement pas se désengager (opt out). De même, la majorité des AB/DLs pense qu’aucun ou peu de non-AB/DLs seraient capables d’apprécier les couches comme ils le font. C’est-à-dire que les non-AB/DLs ne peuvent généralement pas s’engager (opt in).

Choix d'engagement ou de désengagement par année de naissance
Toutefois, une divergence dans ces avis est apparue pour une minorité : les AB/DLs nés entre 1970 et 1989 étaient plus susceptibles de penser qu’une partie ou tous les non-AB/DLs étaient capables de s’engager (28,7% contre 11,9%. Le contraste est significatif étant donné un intervalle de confiance de 99,8%. Pour 1990-1994, la moyenne est de 22,5% mais la différence n’est pas statistiquement significative).
Même si Internet a eu une influence sur certains AB/DLs dans ce groupe d’âge, la transition de 1970 suggère que ce n’était pas l’influence prédominante. Dans de nombreux cas, Internet a simplement fourni des renseignements supplémentaires. Un participant, né en 1978, raconte qu’à 17 ans, il a « trouvé une photo, fait des recherches et tout simplement "cliqué" ». Comme dans le cas des AB/DLs nés dans les années 90, cette information a contribué à rendre l’attitude plus positive. Un autre participant a écrit :
« J’ai découvert dpf.com, et le secret bien gardé que j’avais est devenu un "mode de vie" ; je ne me considérais plus comme "bizarre". »
Il est né en 1979 et avait 17 ans à l’époque. D’autres cas suggèrent une influence plus force. Une autre personne interrogée, née en 1986, a écrit ceci à propos d’un événement qui s’est passé quand il avait 15 ans :
« Pour je ne sais quelle raison, j’ai décidé de faire une recherche sur "couches pour ados". Je ne sais même pas pourquoi j’ai choisi ça, mais je l’ai fait. Je suis tombé sur le site Understanding Infantilism (la version anglophone de ce site). Après avoir lu les sensations que procuraient le port de couches, j’ai essayé de porter une petite couverture comme si c’était une couche en tissu, et je me suis rendu compte que j’aimais ça. »
L’influence majeure pour les AB/DLs des années 70 et 80 aura sans doute été la révolution sexuelle. En 1969, les émeutes de Stonewall ont eu lieu. Ces escarmouches ont étendu la révolution sexuelle jusqu’à inclure les paraphilies. Aucun AB/DL n’est connu pour avoir été impliqué dans les émeutes elles-mêmes, mais de cette révolution a résulté une culture qui était plus libérale et plus ouverte du point de vue sexe. Cela a ouvert de nouvelles voies aux discussions sur l’infantilisme et d’autres sujets jusqu’alors tabous. La sexualité, auparavant considérée comme une pulsion primitive qui devait être contrôlée, était vue comme un besoin. L’extension de ce changement à l’infantilisme et au fétichisme des couches a donné lieu à une réorientation vers la conviction que les AB/DLs ne pouvaient pas se désengager.
De même, l’accent mis sur l’expérimentation sexuelle aurait, par extension, donné lieu à une réorientation vers la croyance que de plus en plus de non-AB/DLs pourraient apprendre à tirer du plaisir des couches. Il est également possible que le rythme auquel les gens se sont engagés dans les pratiques AB/DL soit en augmentation. Ces AB/DLs auront naturellement tendance à croire que d’autres pourraient aussi s’engager. Dans la Figure 4, les croyances sur l’engagement sont corrélés avec les croyances sur le désengagement. Environ 5% de tous les AB/DLs croient que les autres peuvent s’engager tout en croyant qu’eux-mêmes ne peuvent pas se désengager de leurs pratiques.

Engagement vs. désengagement
Cette tranche d’âge est également la première à avoir eu un accès facile aux couches-culottes jetables pour adultes lorsqu’ils étaient adolescents. « J’ai vu une pub pour les couches adultes à la télé » raconte un participant, « et la curiosité m’a amené à essayer, je suis donc allé en acheter et ça m’a plu. » Il est né en 1985 et a vu la publicité en 1999. Contrairement aux couches adultes en tissu et aux culottes plastique, qui n’étaient disponibles que dans les magasins spécialisés, les couches jetables pour adultes étaient plus largement disponibles et il y avait plus de publicité pour ces produits.
Groupe des AB/DLs nés entre 1950 et 1969
Les changements sociaux qui ont affecté la culture des adolescents des années 70 et 80 a également affecté les jeunes des années 60, notamment à cause de la diversification des magazines pour adultes et de leur tendance à un contenu de plus en plus explicite. Un participant au sondage a découvert l’infantilisme à l’âge de 12 ans, grâce à une lettre d’un lecteur, parue dans le magazine Penthouse Forum. Cela a également été mentionné par un autre participant, qui avait 16 ans à l’époque. Une autre personne interrogée a fait état d’une histoire de 1976 concernant la domination avec les couches, que lui aussi avait lu à 16 ans.
Un témoignage remarquablement détaillé a été fourni par un participant, né en 1957. Il fait référence à une annonce parue vraisemblablement en 1982 :
« Pas plus tard que lorsque j’avais 6 ans, j’ai raconté un fantasme à mon meilleur ami, à propos d’une machine qui me capturerait, me mettrait en couche et me traiterait comme un bébé… Aux alentours de mes 10 ans, j’ai totalement refoulé tout souvenir d’avoir aimé les couches. La mémoire m’est revenue lorsque j’avais 25 ans, et que j’ai vu une publicité pour DPF (ndt : Diaper Pail Friends, une communauté anglophone). »
Cette tranche d’âge a également vu l’arrivée d’une publicité de plus en plus envahissante. L’essor de la télévision est venu avec des publicités de plus en plus sophistiquées visant à vendre des couches. Comme la plupart des publicités, elles essayaient de lier le produit avec quelque chose de très recherché. Ces publicités dépeignaient souvent les couches comme l’expression d’amour entre un bébé heureux et une mère qui prenait soin de son bébé. Un participant, né en 1968, raconte lorsqu’il avait 15 ans :
« C’est voir des publicités pour les couches à la télévision qui m’a fait comprendre que j’ai toujours voulu en porter. »
Un autre participant, né en 1992, nous raconte une anecdote qui s’est passée quand il avait 12 ans :
« Jétais tout seul chez moi et j’ai vu une publicité pour des couches à la télé. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je me suis mis à fabriquer mes propres couches avec mes sous-vêtements et du coton. Je me suis vite rendu compte que j’aimais les couches ».
Comme le montre la Figure 3, les AB/DLs nés dans les années 50 et 60 sont plus susceptibles de croire qu’ils peuvent cesser d’être AB/DL. (Ils ont répondu "Oui" ou "Probablement", à 8,1% pour ceux des années 40, à 20,6% pour ceux des années 50 et 60 et à 10,3% pour ceux nés dans les années 70 et 80. Les différences sont significatives étant donné un intervalle de confiance de 99% ou plus.) Cependant, cette croyance n’est apparemment pas basée sur leur propre expérience.
La Figure 5 montre la répartition des AB/DLs qui ont cherché un traitement curatif et/ou qui sont passé par des cycles jouissance-purge. Le traitement inclut le fait d’essayer de résister à une pulsion, de demander de l’aide à un professionnel, etc. Souvent, elle implique aussi de se débarrasser de tout son « matériel » AB/DL (couches, accessoires, etc.). Si l’AB/DL ne parvient pas à résister, et cède à la pression après un certain temps, il peut de nouveau commencer à reconstruire sa collection d’accessoires.Bien sûr, il peut de nouveau essayer d’arrêter, et se débarrasser de nouveau de tous son matériel. Puis y revenir encore… Cela s’appelle le cycle jouissance-purge. De toute évidence, ceux qui ont répondu à l’enquête pourraient avoir utilisé ce termine abusivement (par exemple en ne se séparant que de certains articles en particulier, ou bien en abandonnant certaines pratiques mais pas d’autres), ce qui explique que, dans chaque groupe, le pourcentage d’individus qui ont suffert de ces cycles jouissance-purge soit supérieur au pourcentage d’individus qui ont essayé d’arrêter.

Ceux qui sont en train d'essayer d'arrêter
La Figure 5 n’inclue pas de données sur ceux qui ont trouvé un « remède » à l’infantilisme. À ce jour, un seul participant (0,1%) affirme être parvenu à arrêter.
« À un moment, j’ai décidé que cela devenait "trop dangereux" tout en vivant chez mes parents. J’ai pris la décision d’y revenir seulement lorsque je vivrai seul chez moi. Quelque temps après que je me sois installé, j’ai donc retenté l’expérience (avec une couche-culotte du type Drynites), mais cela ne m’a pas vraiment procuré le plaisir que j’avais eu auparavant. J’aurais pu essayer une autre fois avec de "vraies" couches, mais je craint que cela n’aurait pas eu beaucoup plus d’effet. »
Je ne suis pas parvenu à contacter le-dit participant pour obtenir plus d’informations. Les réponses de son formulaire ne mentionnaient pas de méthode ou de volonté d’arrêter, mais il n’est pas dit qu’il n’y en avait effectivement pas. Il convient de noter que ceux qui ont perdu tout intérêt pour les couches n’ont probablement pas passé beaucoup de temps dans les communautés AB/DL, et pourraient donc ne pas avoir été au courant de cette étude. Dernière chose, le participant ci-dessus a ajouté, non sans ambiguïté, que « bien sûr, l’intérêt était toujours présent chez lui ».
Étant donné que la Figure 5 dénote beaucoup de souffrance parmi les jeunes AB/DLs, il peut être utile de réévaluer son impact. En terme d’abandon (opt out), il y a trois sortes d’AB/DLs :
- Premièrement, il y a ceux qui n’ont pas arrêté parce qu’ils n’ont probablement pas essayé. Cela représente environ la moitié des réponses. Les personnes dans ce groupe auraient pu être en mesure d’arrêter, mais ne le voulaient pas.
- Deuxièmement, il y a ceux qui ont essayé d’arrêter, et qui ont échoué. Cela représente environ la moitié des réponses.
- Troisièmement, il y a ceux qui ont réussi à arrêter. À une exception près (non vérifiable), il n’y a aucun individu dans ce groupe, même s’il pourrait y avoir des raisons pour lesquelles des personnes n’ont pas répondu.
La répartition des AB/DLs qui sont toujours à la recherche d’un moyen pour arrêter, ou qui traversent encore des cycles jouissance-purge, est montrée dans la Figure 6. Comme on pouvait s’y attendre, ces comportements diminuent avec l’âge, au fur et à mesure que les AB/DLs y parviennent, ou beaucoup plus souvent, y renoncent. L’enquête ne fait pas de distinction entre ceux qui ont lutté de façon intermittente et ceux qui ont lutté sans interruption depuis leur jeunesse. Pour certains cette lutte aurait duré plusieurs décennies.

Ceux qui sont à la recherche d'un moyen pour arrêter
À des fins de diagnostic, l’Association Américaine de Psychiatrie a regroupé l’infantilisme paraphilique avec le masochisme dans son Manuel de Diagnostic et de Statistique des Troubles Mentaux (ou DSM, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). À partir de la troisième édition, ce manuel inclut une référence à l’infantilisme paraphilique. Cette mention est encore la seule la seule référence imprimée à l’infantilisme dans de nombreuses bibliothèques américaines. Le DSM définit l’infantilisme paraphilique par deux critères :
- Le critère A, énoncé simplement, requiert qu’il y ait eu des actions, des pulsions ou des fantasmes masochistes pendant au minimum 6 mois.
- Le critère B précise que les fantasmes, les pulsions ou les comportements ont causé « une détresse ou une altération cliniquement significative. » Le fait de s’intéresser uniquement aux patients qui ont subit ces effets négatifs aide les chercheurs à se concentrer sur les cas les plus graves. Cependant, cela provoque aussi un biais dans les résultats, étant donné qu’un AB/DL qui n’a pas eu ces problèmes ne sera pas pris en compte, même si ses pulsions sont profondément enracinées.
Le DSM définit aussi le fétichisme. Le critère A est similaire, sauf qu’il précise « fétichisme » au lieu de « masochisme ». Le critère B est le même. Par ailleurs, le fétichisme a un critère C supplémentaire, qui exclue les objets utilisé dans le travestissement ou dans les pratiques sexuelles non-fétichistes. La personne qui prétend avoir abandonné ses pulsions ne satisfait pas au critère B. C’était un AB/DL, mais il n’aurait pas été diagnostiqué comme un infantiliste ou un fétichiste.

Critère B par année de naissance
La Figure 7 présente la répartition d’AB/DLs qui satisfont au critère B. Dans l’ensemble, c’est le cas pour 41% d’entre eux. Ces individus seraient donc diagnostiqués comme ayant un infantilisme paraphilique, un fétichisme paraphilique ou les deux. Depuis 1950, cette proportion a diminué en moyenne de 1,5% tous les 5 ans. (La régression linéaire a un coefficient de corrélation au carré de 0,48 et un indice de confiance de 90% dans une évolution à la baisse.)
La répartition des opinions sur l’abandon (opt out) parmi ceux qui seraient ou ne seraient pas diagnostiqués comme paraphilie est représentée sur la Figure 8. 26,6% des AB/DLs non paraphiliques et 16,5% des AB/DLs paraphiliques croient qu’ils pourraient (tout à fait ou probablement) cesser d’être intéressé par les couches. (La différence est significative car elle est associée à un intervalle de confiance de 99,8%.) Dans l’ensemble, 86% pensent qu’ils ne pourraient pas ou probablement pas arrêter d’être AB/DL.

Choix vs. Critère B
La distribution est cohérente, avec un grand nombre d’AB/DLs dont les envies sont compulsives et profondément enracinées (individus qui satisfont ou pas le critère B), et un petit nombre d’AB/DLs avec des intérêts moins prononcés, et qui ne satisfont pas le critère B. Mathématiquement, jusqu’à 85% des AB/DLs non paraphiliques pourrait être reclassés dans la répartition des AB/DLs paraphiliques. En conséquence, le pourcentage d’AB/DLs avec des mécanismes paraphiliques (mais pas nécessairement de trouble ou de déficience) pourrait être de 91%.
Groupe des AB/DLs nés entre 1940 et 1949
Un correspondant AB/DL, né en 1927, raconte :
« Je pense que c’est difficile de s’imaginer aujourd’hui à quel point la culture et la société étaient différents dans les années 30 et 40. On aurait presque dit une autre planète. »
Les années 40 ont vu la fin de la deuxième Guerre Mondiale, le début du Baby Boom, la publication du best-seller Soins du bébé et de l’enfant du Dr. Spock, la croissance des services en relation avec les couches, etc.
Étant donné le nombre limité de réponses des personnes nées dans les années 40 et avant, la plupart des différences de ce groupe important ne sont pas statistiquement significatives. Par exemple, le pic de la Figure 6 est dû à une seule réponse de l’enquête. Individuellement, il y a un certain nombre de choses qui sont claires dans ce groupe. Le plus important est l’éventail des âges d’apparition, de 3 à 53 ans ou plus. Une question de l’enquête, dont les résultats sont sur la Figure 2, concernait l’opinion des gens sur leur propre infantilisme lorsqu’ils étaient adolescents. Parmi les réponses possibles, une n’était pas représentée sur la Figure 2 : ceux qui n’étaient pas AB/DLs à l’adolescence. Leur répartition est présentée en Figure 9.

Individus pas intéressés par l'infantilisme ou le fétichisme des couches à l'adolescence
Une vision plus détaillée de cette répartition est indiquée dans la Figure 10. Cette dernière représente l’âge auquel l’intérêt pour les couches s’est développé ou a été remarqué ; l’âge d’apparition. Veuillez noter que, sauf pour les âge d’apparition supérieurs à 40 ans, les groupes d’âge incomplets n’ont pas été représentés. Par exemple, seul le groupe d’âge d’apparition 20-29 ans est représenté pour les personnes nées après 1975. Comme ce groupe inclut des individus qui ont actuellement 32 ans (ndt : cette étude date de 2007), le groupe d’âge d’apparition 30-39 aurait été sous-représenté.

Âge d'apparition selon l'année de naissance
Un participant, né en 1948, écrit ceci à propos de ses 3 ans :
« J’étais énurétique, et ma mère me faisait porter des couches lorsque nous allions aux réunions de famille. Elle me montrait en couche devant tous mes cousins pour que je me sente honteux, dans l’espoir que j’arrête de mouiller mon lit. Cela n’a pas marché. »
Un autre participant, lui aussi né en 1948, se rappele avoir « eu une fascination pour les couches et les culottes plastiques » à l’âge de 7 ans. Un autre encore, né en 1949, nous transmet une observation sur lui-même, à l’âge de 4 ans : « J’ai toujours voulu porter des couches. Je pense que je suis né avec cette envie. »
Quelques autre personnes relatent des faits totalement différents. Par exemple, cet homme né en 1947 écrit à propos d’un événement survenu 50 ans plus tard :
« J’avais un fétichisme pour les filles qui portaient une combinaison de gym avec culotte et soutien-gorge. Je suis tombé sur une histoire intitulée "30 jours en couches" lorsque j’ai fait une recherche sur "combinaison de gym". L’idée de porter une couche-culotte semblait m’attirer et, après quelque temps, j’ai décidé d’essayer. »
Une autre personne, née en 1946, écrit au sujet d’un événement déclencheur qui a eu lieu quand il avait 53 ans
« J’ai été en contact avec des couches pour adultes quand ma mère est entrée dans un établissement de soins infirmiers. J’ai essayé une couche, pensant que ce serait commode pour la masturbation. Je me suis alors renseigné sur le sujet par Internet, et c’est là que j’ai découvert le phénomène des bébés adultes. »
Ce dernier satisfaisait au critère B, alors que le premier non. Comme il y avait peu de participants dans leur tranche d’âge, il est possible qu’un âge d’apparition plus tardif puisse exister, mais cela n’est pas représenté dans les résultats de cette enquête.
D’un point de vue de diagnostic, les AB/DLs sont l’âge d’apparition est tardif sont utiles. En effet, les AB/DLs dont les besoins sont survenus beaucoup plus tôt dans leur vie ne savent pas vraiment s’ils les ont eu depuis leur naissance ou bien s’ils les ont développés plus tard. En revanche, ceux pour lesquels cela s’est développé tardivement étaient mentalement et sexuellement matures lorsque leur infantilisme ou leur fétichisme des couches s’est développé.
Conclusion
Au cours des cinquante dernières années, la vie des AB/DLs a changé radicalement. Pendant tout ce temps, il y a eu un débat persistant quant à savoir si le fait d’être AB/DL était un trouble, une maladie ou simplement un intérêt quelconque.
Actuellement, l’APA (Association Américaine de Psychiatrie) définit l’infantilisme paraphilique et le fétichisme paraphilique des couches comme des troubles. Si un AB/DL n’est pas physiquement ou psychologiquement affecté de manière significative par son attirance pour les couches, alors ce n’est pas diagnostiqué comme une paraphilie.
Environ 41% des AB/DLs sont susceptibles d’avoir une paraphilie. Étant donné leur opinion négative sur ce qui les affecte, cela représente un trouble pour eux : ils pourraient essayer d’arrêter et s’engager dans des cycles de jouissance-purge très destructeurs. Aucun AB/DL paraphilique qui a répondu à cette enquête n’est parvenu à se défaire de son attirance ou de son fétichisme, même si certains ont réussi à s’abstenir pendant plusieurs décennies. Pour eux, ce n’est clairement pas un choix, ni un simple intérêt. Il existe des mécanismes sous-jacents qui contrôlent ces pulsions irrésistibles et chroniques. Cependant, cette opinion négative sur leur état peut être en partie culturel : les préjugés, l’intolérance morale, etc. pourraient notamment être la cause de ce rejet. Grâce à la sensibilisation culturelle croissante et un meilleur accès à l’information, les AB/DLs peuvent avoir un jugement plus positif sur leur état. Pour preuve, le nombre d’individus paraphiliques (pour ce qui concerne l’infantilisme et le fétichisme des couches) décroît d’environ 0,3% par an depuis 1950.
La définition actuelle exclue donc les AB/DLs qui ne souffrent pas de troubles psychologiques significatifs. Puisque 86% des AB/DLs croient qu’ils ne peuvent pas ou probablement pas arrêter leurs pratiques, il semble raisonnable de penser que le fait d’être un AB/DL est plus qu’un simple intérêt pour ce deuxième groupe également. Il est possible que la plupart des AB/DLs aient également des mécanismes qui guident ces pulsions, même si ces individus ne répondent pas aux critères pour être diagnostiqués comme paraphiliques. Comme ce groupe n’est pas sujet à une quelconque affection psychologique ou physique, il est moins enclin à arrêter, ou tout au moins ils n’essayent pas avec la même conviction. Tout ce qui précède suggère que, pour ce groupe, l’infantilisme ou le fétichisme des couches pourrait être assimilable à quelque chose d’aussi simple que le fait d’être gaucher, par exemple. Autrement dit, c’est une affection chronique avec une cause inconnue, non gravement gênante, mais parfois embarrassante parce que différente. Heureusement, pour ceux qui sont gauchers, la stigmatisation qui les entourait a disparu depuis fort longtemps. Les tabous associés à l’infantilisme et au fétichisme des couches font progressivement place à l’information.
Tous ces résultats ont laissé apparaître un troisième groupe, qui est mécaniquement différent des deux autres. La plupart des individus AB/DLs est devenu conscient de son état à un âge précoce. Certains croient même que cela était présent depuis la naissance. En revanche, il existe une minorité d’AB/DLs qui a connu une apparition beaucoup plus tardive (dans cette enquête, la plus tardive était à 53 ans). De toute évidence, si ces individus avaient été poussés, par un quelconque mécanisme, à devenir AB/DL depuis leur jeunesse, ils auraient découvert cette attirance bien avant. Typiquement, ces AB/DLs ont fait mention d’un événement extérieur qui n’était pas seulement liée à des couches ou à quelque chose qui concernait l’enfance, mais aussi à des couches pour adultes, des activités AB/DL, etc. Peut-être cela est-il dû à une prédisposition présente chez eux, mais non exprimée jusqu’alors. Plus simplement, cela pourrait être un simple intérêt qu’ils ont choisi de développer. Ce troisième groupe tendrait à être de moins en moins visible à l’avenir, car les gens sont exposés plus tôt dans leur vie à des couches pour adultes, mais aussi à l’infantilisme et au fétichisme des couches (grâce notamment à l’information). Le nombre d’individus pour lesquels l’apparition a été tardive (le troisième groupe) est donc amené à non pas diminuer, mais augmenter.
Autrement dit, les indices de diagnostic utilisés pour différencier ces trois groupes sont en voie de disparaître. Pour compliquer encore l’étude, aucune des données ci-dessus ne laisse à penser qu’il n’y a que trois groupes.
C’est sans conteste une chose passionnante que d’étudier l’infantilisme paraphilique et le fétichisme des couches. Les effets d’une guerre mondiale et de deux révolutions sont perçus au travers des opinions et des attentes des AB/DLs. En conséquence des changements dans les influences, les jeunes et la vie de ces AB/DLs sont en train de changer. Indirectement, la communauté évolue. Elle est de plus en plus jeune, de mieux en mieux informée, et plus équilibrée.
Remarque : cet article est une traduction d’un document original intitulé « The Changing AB/DL Community » (en anglais).
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